Concilier vie professionnelle et enfants : les métiers de l’impossible

Ils sont artisans, travailleurs de nuit, animateurs télé ou comédiens mais aussi parents. Ils travaillent le soir, le week-end, sont souvent absents. Difficile pour eux de concilier vie professionnelle et familiale. Quels risques pour le suivi éducatif de leurs enfants ? A travers les témoignages de plusieurs d’entre eux, tour d’horizon des impacts négatifs et des bénéfices de leurs modes de vie « atypiques » sur l’épanouissement de leurs enfants.

 

Un Français sur trois débordé par le cumul de ses obligations… notamment professionnelles 

Selon un sondage Ipsos de novembre 2010 : un Français sur trois peine à concilier les différents aspects de son quotidien (impératifs professionnels, couple et moments passés en famille). Pire, un sur deux s’est déjà dit « qu’il passait à côté de sa vie ». Au point qu’il désirerait, en moyenne, que ses journées durent autour de 28 heures! Une articulation qui devient d’autant plus complexe quand on est parent et qu’on exerce un métier très accaparant. 

« On peut retrouver cela dans des branches très diverses, de la femme de ménage qui doit officier dans les bureaux avant que les salariés n’arrivent, aux cadres supérieurs en passant par les célébrités, animateurs télé, acteurs, chanteurs…  Et puis il y aussi le cas particulier des restaurateurs qui sont physiquement présents avec leur enfant mais qui sont très occupés par leur travail », explique le sociologue de la famille Gérard Neyrand.

 

Militaires, médecins, infirmiers : des professions qui exigent un investissement total

Une logique poussée à son paroxysme dans certaines professions : forces de l’ordre, domaine médical… «  On doit faire face en permanence à des tas d’imprévus » insiste Yannick Danio, délégué national d’Unité Police. « Quand les équipes sont en manque d’effectifs, on peut être rappelé, même sur ses jours de repos. Consacrer du temps à ses proches, faire garder ses enfants, tout cela devient un vrai casse-tête ».  En résultent beaucoup de frustrations et une certaine culpabilité ou angoisse par rapport à ses enfants : « l’équilibre entre les besoins financiers et le temps que l'on souhaite passer avec ses enfants est assez compliqué », explique Pascaline, 38 ans, infirmière qui a exercé en poste de nuit pendant cinq ans et maman de Juliette,10 ans et Hugo, 12 ans. « Je pense que le plus difficile à gérer, c’est que je ne suis pas exactement la super maman que je voudrais être. Plus jeunes, ils tentaient d’ailleurs de me faire chanter en m’expliquant que je préférais mon travail à eux… » 

 

Pas si traumatisés que ça, nos juniors ! 

Culpabilité qui n’a pas toujours raison d’être puisque si le socle familial est solide, les relations parents-enfants denses et sereines, nos bambins tolèrent plutôt bien de voir Papa et Maman en pointillés. Aucune incidence négative ne s’observe alors sur leur comportement, notamment scolaire. « Ce n’est que si l’enfant n’a pas d’attachement sûr à l’adulte que ça peut se répercuter sur ses relations sociales en général », explique Gérard Neyrand. « Je viens justement d’enchaîner trois mois d’enregistrement», raconte l’animatrice télé Marine Vignes, qui officie à la fois sur France 2, France 3 et Téva. « Avant de vivre cette expérience, j’ai beaucoup redouté cette période d’absence non-stop vis-à-vis de mes deux filles. Je me disais « Comment Nina, 14 ans et Tess, 6 ans, vont-elles tenir le coup ? ». Mais je me suis rendue compte que les enfants ont une grande capacité d’oubli. Quand ils vous revoient, ils effacent tout, même si ça a été long. En fait, ça a été presque plus dur pour moi que pour elles ! », explique-t-elle.

Le travail, vecteur de valeurs positives

« Sans compter que le fait d’avoir des parents qui exercent un métier qui les captive, qui les passionne, surtout s’il s’adresse à des gens, a une utilité sociale ou publique note la psychologue Yvonne Poncet-Bonissol, est bénéfique, enrichissant  pour l’enfant ».

 Anne-Charlotte Pontabry, actrice récurrente dans la série de TF1 « RIS Police Scientifique » et maman d’un petit James de 6 ans, en témoigne : «  je lui ai transmis mon côté artiste. Il n’est pas casanier et il est habitué à changer de maison». Même son de cloche chez Hervé, pâtissier dans un restaurant gastronomique et papa d’Aurélien, 9 ans et Camille, 8 ans : « malgré mes absences, mes horaires, mon métier leur a appris beaucoup de choses » note-t-il. «  Me voir à l’œuvre, ça leur a enseigné l’amour du goût et celui du travail bien fait. Eux, ils savent que ce qu’on mange ne sort pas d’une boite. Du coup, dès que je me mets à faire la cuisine, ils arrivent tout de suite avec leurs tabliers ! ».

Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 5 juil. 2011
 
 
 
 
 
 
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