Déménagement : une déchirure dans la scolarité de l’enfant ?

L’école, ce n’est pas seulement une institution, un lieu de transmission des savoirs. C’est aussi un endroit où se jouent des amitiés, des amours, des liens sociaux intenses et une mise à l’épreuve de l’enfant dans son apprentissage de sa confiance en lui et de sa capacité d’intégration. Un déménagement peut conduire à l’effondrement de ce château de carte souvent fragile. Mais les conséquences de ce bouleversement sont-elles psychologiques et/ou scolaires ? Décryptage.

 

Déménagement : une pilule pas facile à avaler !

Même s’il est entrepris dans une dynamique positive, par exemple pour rallier le grand pavillon avec jardin qui nous fait rêver depuis des années, le déménagement est toujours une épreuve pour l’adulte. Une démarche encore moins évidente pour l’enfant puisque celui-ci doit laisser derrière lui une partie de son histoire, de ses habitudes, des rituels qui l’ont façonné et fait grandir. « Pour lui, ça signifie une perte de repères, la perte aussi de ses amis, l’abandon de son univers. De son espace également et c’est très douloureux, même si dans la nouvelle maison, la nouvelle chambre est mieux que la précédente », note la psychologue Yvonne Poncet-Bonissol.

«  En effet, lorsque l’on est muté et que l’on quitte, par exemple le Sud-Ouest de la France pour se retrouver en Meurthe-et-Moselle, cela représente un changement radical : de tradition, de météo, de cadre de vie. Il faut donc reprendre ses marques, faire connaissance avec d’autres personnes (...) Se frotter à un nouvel environnement peut-être préjudiciable à l’enfant », témoigne Henri Vouters, ancien militaire et créateur du site SOS-Mutations.

 

Des troubles divers et variés et une incidence sur la scolarité

Une rupture dans le quotidien qui, même si elle est annoncée et préparée avec mille précautions par les parents, peut susciter des réactions somatiques chez l’enfant, parfois très inattendues. Certains enfants se remettent ainsi à faire pipi au lit, dorment mal, manquent d’appétit, versent dans l’hyperactivité ou dans l’angoisse profonde. Ce qui n’est pas sans conséquence sur le bon déroulement de la scolarité.

A la fois parce que les enfants, stressés, déphasés, n’arrivent pas ou ne veulent pas s’intégrer à leur nouvel environnement. «  Ils peuvent avoir des troubles de l’attachement, se faire des copains de façade et ne pas nouer, en fait, de véritables liens. Ils rejettent les codes sociaux », commente Yvonne Poncet- Bonissol. Ou se désinvestissent complètement du travail scolaire. Il n’est pas rare, ainsi, que les notes plongent alors qu’elles étaient bonnes voire très bonnes avant que l’enfant déménage. « Souvent, ils survolent les choses, travaillent juste le minimum pour se fondre dans la masse », explique la psychologue. « Ca peut être une façon de revendiquer, un message adressé aux parents pour traduire leurs frustrations, leur mécontentement. Mais au lieu de l’exprimer chez eux, ils le font à l’école, ils déplacent le problème ».

Des manifestations qui peuvent être d’autant plus violentes chez les adolescents. En pleine période de révolution physique, de questionnement existentiel profond, le déménagement est un séisme de plus à affronter. En plus, cela signifie souvent qu’on ne pourra plus voir sa bande de copains de toujours, celle qui nous rassure et nous définit en tant qu’individu. Normal donc qu’ils en veuillent à leurs « vieux »…. Et se vengent en levant très largement le pied au lycée et au collège !

 

Leur donner des perspectives dans leur nouvelle vie 

Pour atténuer cette sensation de déracinement, mieux vaut donc les impliquer au maximum dans « l’élan » du déménagement. D’abord, on les avertit suffisamment en avance pour qu’ils puissent, d’une part, se faire à l’idée de ce changement, d’autre part, pour qu’ils disent vraiment au revoir aux personnes auxquelles ils sont attachés. Pas question par exemple de filer en douce durant les vacances sans prévenir quiconque !

Pour les motiver, insister aussi sur les bonus qu’amènera cette installation dans ce nouvel appartement, cette nouvelle ville : une salle de jeux où l’on pourra mettre un baby-foot, la proximité du futur domicile d’un centre commercial, d’un cinéma, de structures sportives… Histoire de leur faire imaginer, positivement, ce que sera leur quotidien.

Pendant le déménagement, on les associe aux préparatifs en leur demandant de noter les cartons, trier les vêtements ou encore en sollicitant leur avis sur la déco. Enfin, une fois sur place, on ne coupe pas les ponts : si la nouvelle maison n’est pas trop éloignée de la précédente, on peut inviter les « anciens » copains à passer un week-end « 100 % fun »… Avant de réorganiser une petite fête avec les nouveaux camarades quelques semaines après la rentrée. Un bon moyen de faciliter son intégration sociale et scolaire !

 

Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 5 juil. 2011
 
 
 
 
 
 
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