Ecole/ Le collège marque au fer rouge les élèves les plus faibles

20%, c’est le nombre de collégiens âgés de 15 ans en grande difficultés recensés par la dernière étude Pisa (1). 20%, c’est 5% de plus qu’il y a 4 ans. Et ce sont autant de jeunes gens qui à l’issue de leur scolarité obligatoire ne maîtrisent pas la compréhension de l’écrit. Mais le plus choquant dans ce chiffre n’est pas tant qu’il place la France en 22e position sur 65 pays de l’OCDE, mais qu’il contredit l’objectif égalitaire de l’école républicaine. Car ces mauvais élèves : l’école les connait. 15% des élèves ont été identifiés en difficulté sévère ou très sévère à l’issue du Primaire, ne sachant pas maitriser la lecture et l’écriture. 10 à 12% des élèves français souffrent de « dys », pathologies rendant l’apprentissage difficile. Et pendant que les mauvais deviennent un peu plus mauvais, les bons, eux, tirent profit de ce système. 

Toujours selon cette étude Pisa, la proportion des élèves de 15 ans «performants » ou « très performants » est toujours plus importante. « En France, le niveau moyen baisse ou stagne. Il faut accepter de se regarder dans le miroir. La France est convaincue que si les professeurs ont un haut niveau académique ils sont efficaces. Mais un haut niveau académique ne signifie pas forcément un haut niveau pédagogique. De plus on a un système élitiste. Et les récentes réformes n’y changent rien. Ce que le gouvernement propose c’est ni plus ni moins que d’offrir la possibilité aux meilleurs des classes populaires de rejoindre les élites. L’école française est plus inégalitaire que la société française ne le suppose », explique le sociologue François Dubet (dans une interview donnée sur les réformes du système éducatif français).

Si le système est élitiste, sa pédagogie serait peu adaptée aux élèves présentant le moins de facilités. Mais pour quelle raison ?  « Eh bien, ce qu’il faut d’abord comprendre c’est qu’en un demi siècle, on est passé d’une minorité d’une classe d’âge qui passait le bac à une grande majorité qui va jusqu’à la fin du secondaire. Or, si on passe d’une petite élite très performante à une massification de l’enseignement, évidemment les niveaux des classes deviennent hétérogènes. Et gérer cette hétérogénéité c’est compliqué. Et la formation est importante. Si elle n’est pas approfondie, si les jeunes enseignants ne savent pas comment gérer cette hétérogénéité, que font-ils ? Ils mettent en pratique ce qu’ils ont eux-mêmes reçu en tant qu’élèves. C’est l’autoreproduction des méthodes. C’est pour cela que la France est restée bloquée dans un système qui est démodé », tonne le journaliste-essayiste Peter Gumbel.

Les causes de cette inégalité à la française

Venir à bout de cette inégalité au collège, c’est pourtant l’un des grands enjeux de la réforme engagée en 2005 avec l’instauration d’un socle commun de connaissances et de compétences qui est censé conduire à la maîtrise des fondamentaux que sont la lecture, l’écriture et le calcul. Mais ce second souffle égalitaire attendu au collège ne se fera pas sans une véritable prise en compte des écueils du système dans l’objectif de l’améliorer.« Hyperactifs, enfants ayant des troubles de l’attention, dyslexiques ou handicapés : ce sont eux qui souffrent le plus. Ils ont besoin d’une aide individualisée. Et si le système français est incapable de la leur offrir, c’est un cauchemar. En plus les profs ne sont pas du tout formés à ce genre de situation. En Finlande, les profs font cinq ans d’études et certains se spécialisent un an de plus dans la pédagogie à attribuer à ces élèves. En sortant de leur formation, ils sont donc capables de s’adapter.

En France, on a des orthophonistes, des psychologues, des psychiatres, mais ils ne sont pas dans la classe. Il n’existe quasiment pas de lien entre ces spécialistes, les parents et l’école en dehors des Rased qui disparaissent en raison des économies budgétaires. Donc, on délocalise le problème. La France est en retard de 20 ans sur ce problème car il n’existe pas de système efficace permettant une bonne détection et une bonne adaptation », analyse Peter Gumbel. 

De plus, on le sait depuis de nombreuses années, l’un des autres travers du système éducatif français est de ne pas réussir à abraser les inégalités socio-économiques entre les élèves. Or, les conséquences sur le niveau scolaire de ces dernières sont particulièrement exacerbées en France et l’assouplissement de la carte scolaire ne fait qu’accentuer le problème en « ghettoïsant » les établissements. « Le maintien de fortes inégalités sociales de réussite est également lié au fait que les élèves fréquentent des écoles qui accueillent des élèves de milieux sociaux et niveaux scolaires souvent très différents, en raison notamment de la ségrégation sociale de l’habitat et des stratégies d’évitement scolaire mises en œuvres par certaines familles », explique une étude de l’Insee de 2006 (2).

Le paradoxe français d’une école républicaine inégalitaire n’échappe pas au regard de l’OCDE… Mais pointée du doigt, remise en question, bouleversera-t-elle pour autant ses habitudes ? A Peter Gumbel de conclure : « On réduit les budgets, on fait toujours des économies sur le dos des enseignants, au lieu de se demander ce qu’est une école, comment faire pour l’améliorer… Evidemment, si on veut une vraie réforme, c’est avec les enseignants que cela doit se passer. Car ils sont tout à fait conscients des problèmes. Ils disent eux-mêmes qu’ils manquent de formation. Alors taper encore une fois sur les enseignants, cela ne fera pas bouger le système. »

Héloïse Léon

(1) Résultats de l’étude Pisa 2009 ( http://www.oecd.org/dataoecd/33/5/46624382.pdf )
(2) INSEE 2006 : Les inégalités de réussite à l’école élémentaire : construction et évolution

Le 5 janv. 2011
 
 
 
 
 
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