Entretien avec Aldo Naouri

Vous ouvrez votre dernier ouvrage, Éduquer ses enfants, l’urgence d’aujourd’hui, par un constat : la multiplication des « Jacques-Henri », ces enfants que l’on pourrait qualifier de sales gosses, de malpolis. Comment expliquez-vous cette soudaine apparition ?

Ces enfants ont toujours existé. Mais durant les dernières années de ma carrière ils sont devenus la majorité. 

Qu’est-ce que l’autorité ?

L’autorité dit de l’individu qui l’exerce qu’il est auteur de sa parole et qu’il a suffisamment d’arguments pour asseoir sa parole. En 1968, Paul Ricœur était interpellé par ses étudiants lui demandant pourquoi il était leur professeur. Sa réponse fut : « Parce que j’ai lu plus de livres que vous ». Voilà une explication de ce qu’est l’autorité, de ce que signifie « faire autorité ».

Vous parlez de mai 68. Est-ce que cet événement a marqué un tournant majeur dans l’éducation ?

Oui. Dans la mesure où il a condamné toute manifestation d’autorité, de hiérarchie ou d’ordre et prôné « l’interdit d’interdire » !!!

Pourquoi l’autorité des parents, ce garde-fou dans l’éducation des enfants, a-t-elle décliné durant les trente années où vous avez exercé la pédiatrie?

Plusieurs facteurs associés sont responsables de ce déclin de l’autorité depuis les années 70 et tous profitent à la société de consommation. Premier point : pendant des milliers d’années, un équilibre précaire mais relativement satisfaisant était établi entre le père et la mère. La mère, du fait de la gestation, avait un rapport privilégié à son enfant, mais la place du père dans le tissu familial était soutenue par la société. Cet équilibre a été supprimé par la société en faveur de la coparentalité, père et mère devenant égaux en droits. Mais dans la réalité, la place de la mère n’a pas changé, son rapport à l’enfant est toujours privilégié. Et le père se retrouve dans l’impossibilité d’exercer son rôle, car la mère fait filtre. Ce que la société a proposé au père n’est ni plus ni moins que de devenir une deuxième mère.

Deuxième point : les femmes sont entrées en lutte pour l’égalité en droit, ce qui est très bien. Sauf que cette lutte pour l’égalité s’est transformée en lutte contre les différences. On ne perçoit pas les choses de la même manière quand on est une mère ou un père. Et cette lutte contre les différences peut amener la mère à casser le discours du père.

Troisième point : la société de consommation a tout intérêt à ce que l’édifice de la famille se casse la figure. Car tout est alors multiplié. Ce n’est plus un mais deux frigos, ce n’est plus une mais deux maisons qui deviennent nécessaires. Et comme l’enfant va être l’objet de craintes pour ses parents qui se séparent, un marché économique va être créé autour de ses besoins.

 
Le 5 avr. 2011
 
 
 
 
 
Acadomia

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dernier message le 18 févr. 2015, par sysdream:

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