Interview de Jean-Paul Fischer

Dyscalculie, innumérisme : quelles différences entre ces deux notions ?

L'innumérisme est l'absence de maîtrise numérique: la notion d'innumérisme, contrairement à celle de dyscalculie, ne sous-entend pas que c'est un trouble spécifique dû à un dysfonctionnement cérébral (possiblement d'origine génétique).

Le concept d’innumérisme vous laisse-t-il sceptique ?

Non : il est même préférable au concept de dyscalculie dans la mesure où le dysfonctionnement cérébral et, a fortiori, l'origine génétique sont difficiles à établir.

Vous avez mené une étude de la dyscalculie à l’âge adulte. Selon celle-ci, presque 3% de la population française adulte souffrirait de dyscalculie dont 0,55% de dyscalculie profonde. Comment expliquer ces chiffres ?

J'ai estimé que 3% de la population française adulte (de 18 à 65 ans) présentait un profil compatible avec une dyscalculie, c'est-à-dire que les personnes concernées sont faibles en calcul mais significativement meilleures en français.

A quoi la dyscalculie est-elle due ?

Une des raisons putatives de ces profils de dyscalculie est l'absence de pratique numérique. Certaines femmes peuvent ne pas avoir besoin de calcul dans la profession qu'elles exercent (souvent moins techniques que celles des hommes), et, pour les courses, il n'y a presque plus de calculs à faire (avec l'affichage des prix au poids, etc.); si leur lecture est suffisamment entretenue (souvent aussi les femmes lisent plus que les hommes), elles ont alors des "chances" de présenter un profil de dyscalculie.

Pour les enfants, l'école impose des pratiques numériques minimales à tous les élèves: cela conduit à une certaines homogénéisation. Les élèves très faibles en calcul sont souvent faibles aussi en français : avec ma définition de la dyscalculie, ils ne présenteront pas un profil de dyscalculie (la dyscalculie est un trouble spécifique du calcul).

Presque la moitié de la population française souffrirait : ces chiffres alarmants sont-ils fiables ?

Il y a des évaluations nationales qui indiquent qu'en 2010, 10% des élèves de CE1 et 13,5% des élèves de CM2 ont des acquis insuffisants. Avec l'âge croissant, je veux bien croire que ce pourcentage augmente un peu. Pour savoir si c'est alarmant, il faut se référer aux comparaisons internationales où la France n'est pas très brillante, sans être nulle. 

Quelles sont les conséquences de la dyscalculie sur la vie quotidienne ?

Les personnes qui n'ont pas le sens du nombre peuvent facilement être trompées : par exemple, avec une offre de taux d'intérêt à 0,01 qui leur paraîtra très faible. Mais, comme une note précise qu'il est calculé sur un mois, cela correspond à 12% annuels.

Comment diagnostique-t-on ou repère-t-on la dyscalculie ?

J'ai développé une méthode qui permet de diagnostiquer des dyscalculies potentielles.

Il n'y a pas de critères précis universels pour détecter une dyscalculie : en général on se contente de critères de performances (faibles en calcul, au moins acceptables en français ou dans d'autres domaines de compétence).

Ce phénomène que représente la dyscalculie est-il suffisamment pris en compte en France, notamment par les enseignants ?

 La difficulté en calcul/mathématiques mérite une attention plus soutenue au vu des comparaisons internationales.

Ne devrait-on pas modifier les méthodes d’apprentissage du calcul en France ?

Existe-t-il des méthodes mieux adaptées ?

Aucune "méthode" ne peut faire de miracle. Il faudrait surtout créer un état d'esprit différent qui nécessiterait un changement de culture (ne pas "valoriser" des déclarations du type '"je n'ai jamais rien compris aux maths", ..) De manière plus positive, il faut impliquer les parents ou l'entourage des enfants pour relayer le travail fait à l'école : les enfants vont moins d'un dixième de leur temps de vie à l'école et, compte-tenu des horaires de mathématiques, cela fait qu'ils consacrent moins d'un cinquantième de leur temps de vie au calcul à l'école. Les logiciels et jeux motivants, en favorisant la répétition, constituent des outils qu'il convient d'utiliser. Pour des sujets plus ardus, comme la résolution de problèmes verbaux, il faut certainement un complément humain (enseignants, camarades).

Propos recueillis par Héloïse Léon

Le 12 sept. 2011
 
 
 
 
 
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