Le regard de Gérard Neyrand

Quelles sont les professions dans lesquelles il est le plus délicat de concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale ?

Ce sont celles qui ont des horaires atypiques, très tôt le matin, très tard le soir, qui posent problème par rapport à la vie et à la garde de l’enfant. On peut retrouver cela dans des professions très diverses, de la femme de ménage qui doit officier dans les bureaux avant que les salariés n’arrivent aux cadres supérieurs en passant par les célébrités, animateurs télé, acteurs, chanteurs… Et puis il y aussi le cas particulier, des restaurateurs qui sont physiquement présents avec leur enfant mais qui sont occupés par leur travail.

 

Que ressentent ces parents peu présents ?

Il en ressort, je crois, une profonde culpabilité, une culpabilité qui se situe à des niveaux différents, surtout chez les mères. Cela engendre ensuite des conflits à l’intérieur du foyer et dans le milieu professionnel, surtout si celui-ci n’est pas très tolérant par rapport à la vie de famille… Les gens sont suresponsabilisés quant à la conduite de leur vie. C’est difficile d’assurer sur tous les plans et ce n’est pas pour rien qu’il y a autant de dépressions !

 

La parentalité « en pointillé » est-elle forcément mal ressentie par l’enfant ?

En fait, les discours de culpabilisation qui fleurissent à ce propos sont excessifs. De nombreuses études ont prouvé que la qualité du temps passé était beaucoup plus importante que le temps passé. Pour moi, il est plus grave d’être là avec l’enfant et de ne pas s’y intéresser.

 

Par quels types d’attitudes nos enfants peuvent-il réagir à ces nombreuses absences ?

L’enfant peut très bien les supporter et être ravi de retrouver sa nounou et ses copains !

Si l’enfant voit peu ses parents et le vit mal, c’est souvent parce que les relations qu’il a avec eux quand ils sont présents ne sont pas satisfaisantes, qu’il n’y pas de dialogue. Ça se traduit souvent par des manifestations type troubles du sommeil, énurésie ou hyperactivité.  Des maux qui peuvent souvent être traités en consultant un pédopsychiatre. Lui sera généralement capable, en parlant avec l’enfant, de régler la situation. Dans le cadre des Maisons Vertes, dans lequel j’ai évolué professionnellement, j’ai souvent vu des troubles de ce genre résolus par la simple parole parce que le mal-être de l’enfant est souvent relationnel. A l’inverse, les médicaments ne représentent pas une réponse appropriée.

 

Est-ce que cela peut avoir une incidence sur la scolarité ?

Cela peut parfois se traduire par un décrochage. L’enfant est dissipé, incapable de se concentrer, perturbe la classe. Car si l’enfant n’a pas d’attachement sûr à l’adulte, ça peut se répercuter sur ses relations sociales en général.

 

Comment peut-on garder un mode de vie structuré à l’enfant même si on n’est pas souvent là ?

Dans notre société actuelle, le lien familial a besoin d’échanges verbaux, de moments d’interaction. L’ordinateur, la télé, c’est bien mais il ne faut pas que les instants passés ensemble se résument à cela ! Il faut donc ménager le moment des repas ; ce sont ceux où l’on peut raconter ce qu’on fait dans la journée, relater ses expériences et exorciser les tensions. Si ce n’est pas fait, les enfants se sentent passer à la trappe… Et quand on part plusieurs jours, il faut bien expliquer ce qu’on fait, dire combien de temps on s’absente. Ne pas filer en douce. Il faut également instaurer un moment dans la journée où on va se téléphoner et s’y tenir. Introduire une ritualisation…

 

Quels bénéfices peuvent avoir, malgré tout, ces métiers chronophages sur la construction personnelle de l’enfant ?

Le côté positif de certaines professions, c’est le fait pour lui de sentir que ses parents sont épanouis dans ce qu’ils font. Alors lui aussi se sentira bien dans sa peau. C’est pour ça que les petites anecdotes que l’on peut raconter sur notre travail ont une grande signification pour lui. Il faut bien lui expliquer que s’il ne nous voit pas beaucoup, c’est parce qu’on fait des choses passionnantes dans notre univers professionnel. Et non pas parce que lui n’est pas digne d’intérêt !


L’enfant dont les parents sont souvent absents reporte-t-il son investissement affectif sur d’autres personnes ?

Pour moi, il ne faut pas, de toute façon, que les investissements affectifs se limitent uniquement aux parents. Ainsi, je trouve absurde que certaines mamans voient l’assistante maternelle comme une « concurrente ». L’enfant fait bien la différence ; ce n’est parce qu’il qu’aime sa maîtresse qu’il prive ses parents. Et l’éducation n’est pas seulement parentale ! Mais si l’enfant est dans la froideur par rapport à son père et à sa mère, s’il les délaisse véritablement, il faut consulter un spécialiste pour récréer le lien.

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 4 juil. 2011
 
 
 
 
 
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