Rencontre avec Béatrice de Dinechin

Dans quelle mesure les changements dans la vie des parents peuvent-ils influencer les résultats scolaires des enfants ?

Pour moi, le couple parental est un éco- système qui interagit l’univers professionnel, la belle-famille, l’école. C’est une entité qui colore le reste… De la même manière, il n’y a donc pas d’étanchéité entre ce que ressent l’enfant et ce que vit le couple parental. La preuve, c’est qu’il y a des bambins qui savent que leur mère est enceinte avant qu’elle ne leur annonce, avant même parfois qu’elle ne le sache elle-même. Il n’y a pas de cloisonnement entre l’intellect et l’affect. Donc, c’est normal qu’un bouleversement dans la sphère intime rejaillisse sur les performances physiques et intellectuelles de l’enfant.

Dans le cas d’un divorce, des problèmes scolaires éventuels découlent-ils de l’explosion de la cellule familiale ou en amont, des difficultés qui ont provoqué la séparation ?

Plutôt de la rupture familiale en elle-même… Car les mauvaises notes sont un bon indicateur « en direct » du ressenti de l’enfant. Parmi ces juniors affectés par ces séparations, on distingue des enfants-symptômes, qui en chutant dans leurs résultats scolaires, témoignent des difficultés parentales,  parlent pour la génération d’au dessus… Mais aussi les enfants-pansements qui se donnent un rôle dans le bien-être de leurs parents et cherchent l’excellence à l’école afin de ne pas leur créer des soucis supplémentaires. Il faut donc leur expliquer très tôt les choses, dissocier, séparer les sphères pour éviter que l’enfant se donne la mission de « guérir » sa maman et son papa. Si on dit clairement «  Nous sommes désolés de ce qui arrive mais tu n’es pas du tout responsable de cette situation », cela lui évitera de se sentir à la fois coupable et arbitre, d’entrer dans des raisonnements très compliqués. Déjà qu’il est assez pénible pour eux de devoir choisir chez qui il doit aller habiter…. Ne créons pas de « double peine » !

 

Constate-t-on classiquement un phénomène de « décrochage » dans les notes chez les enfants au moment de la séparation parentale ?

C’est un risque, comme de s’enrhumer quand on sort dehors… Mais ce n’est pas systématique ! C’est effectivement rare que l’enfant ne soit pas du tout perturbé dans sa scolarité. Il est donc capital de communiquer avec l’enseignant, l’équipe éducative. Sans toutefois tomber dans l’excès : il ne s’agit pas non plus de placer l’enfant sous un miroir grossissant et de sur interpréter chacun de ses gestes. Je me rappelle ainsi d’un petit garçon qui avait fait pipi contre un mur dans son école. Tout le monde s’était acharné à dire que ça traduisait un malaise profond… Alors que c’était simplement la porte des toilettes qui était fermée à clef ! L’enfant ne doit pas avoir d’étiquette à porter.

 

Quelles attitudes « intelligentes » peuvent adopter les parents séparés pour éviter de perturber l’enfant dans son équilibre scolaire ?

Il faut se faire aider. Dans sa vie, l’enfant est comme suspendu à un parachute. Si certains fils se rompent, il faut donc en retisser d’autres pour qu’il puisse se tenir droit. Avec un parrain, une marraine, un oncle, une tante, un psy… Il faut que ses sentiments puissent s’exprimer. Il existe aussi beaucoup de permanences dans les mairies, les centres sociaux ou médicaux qui sont faits pour cela.

 

La garde alternée est-elle un facteur supplémentaire de fragilisation de l’enfant à l’école ?

On ne peut pas avoir d’a priori sur le sujet. Il faut voir au cas par cas. L’idéal, c’est de faire une médiation familiale pour que, quelle que soit la formule de garde choisie, les deux « ex » apprennent à rester père et mère dans l’optique d’assurer le bien-être de leur enfant.  La médiation permet aux parents englués dans leurs querelles, leurs blessures narcissiques de se poser, de faire une trêve. Il faut se donner le droit de « bien » divorcer !  

 

Comment peut s’impliquer, au niveau scolaire, un parent qui n’a son enfant qu’un week-end sur deux ?

Au niveau pratique, il faut demander à son établissement d’envoyer les bulletins et circulaires en double. On peut aussi miser sur le logiciel de gestion scolaire ECOLE DIRECTE, auquel sont connectés beaucoup de collèges et de lycées et qui permet de suivre les résultats, les absences de son enfant… Quand l’enfant a une mauvaise note, il faut lui poser des questions sur le pourquoi du comment, voire lire son devoir. A côté de ça, il faut s’intéresser à ce qu’il adore et ce qui nous énerve, comme les parties de jeu en ligne. Sans pour autant basculer dans l’intrusion ou dans le schéma du parent-copain. Ce qui est super aussi, c’est de lui faire partager, dès tout-petit, nos passions : la brocante, la randonnée, le rugby…. Enfin, même si c’est difficile pour un adulte lui-même en pleine crise, il faut trouver la forme de langage du cœur qui parle à son enfant, dont parle Gary Chapman dans son livre « Les cinq langages de l’amour ». Déterminer si l’enfant est plus sensible aux paroles valorisantes, aux moments passés ensemble, aux câlins…

 

Quels sont les autres comportements parent aux qui peuvent affecter l’enfant dans sa scolarité ?

D’abord l’hyper inquiétude. Nous vivons dans une société très anxiogène… Les parents ont donc souvent tendance à manquer d’optimiste et à insuffler ça à leurs enfants. L’autre erreur, c’est le surinvestissement de certains pères et mères dans les études de leur chérubin parce que de bons résultats scolaires procurent une renarcissisation, une réparation par procuration… Or, pour être serein à l’école, il faut absolument que l’enfant sache que ses parents ont un autre étayage affectif que ses notes, que leur travail, leur couple compte aussi beaucoup pour eux. Autre erreur : être trop laxiste. Il faut savoir être ferme avec un enfant qui s’oppose. Souvent, dans un contexte de séparation, on n’en a pas le courage, on a peur d’en rajouter…
Mais on n’est pas là pour être « gentil » pour l’enfant, mais pour l’éduquer. Spécialement auprès d’un ado, on doit être comme un poteau indicateur qui montre toujours la même direction. La dernière chose à ne pas faire, c’est d’exprimer devant lui son manque de confiance envers le système éducatif. L’école fait partie des repères de l’enfant et il ne faut pas la décrédibiliser !

 

Le site web de Bénédicte de Dinechin : http://www.conseil-conjugal.net 

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 4 juil. 2011
 
 
 
 
 
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