Rencontre avec Yvonne Poncet-Bonissol

Quel est l’impact des difficultés conjugales sur la scolarité d’un enfant ?

Dès qu’il y a un conflit de ce type, l’enfant le ressent, même si les parents ne se disputent pas devant lui, même s’ils ne veulent pas l’impliquer. Il y a, malgré tout, une bataille chez lui entre son conscient et son inconscient.  Cela peut susciter deux types de réactions… Soit il prend l’école comme refuge, il la surinvestit, en pensant que ça pourra rassembler le couple parental, soit il manifeste des problèmes de concentration. Mais il ne voudra généralement pas entendre parler de divorce. Parce que c’est de toute façon une fracture pour lui. Il lui manquera le socle familial qu’il avait auparavant…

 

Le fait de vivre le divorce de ses parents implique-t-il forcément un fléchissement scolaire ?

Pas systématiquement. C’est du cas par cas… Parfois, par ses bons résultats scolaires, l’enfant peut essayer de protéger le parent qu’il considère comme fragile. 

 

Pourquoi cet événement sape-t-il souvent sa confiance en lui ? 

Parce qu’il s’en croit responsable! L’enfant pense qu’il n’a pas réussi à rendre ses parents heureux. Il y a une culpabilité lancinante…

 

Juste après la séparation, quelles mesures doivent prendre les parents pour préserver leur enfant sur le plan scolaire ?

Ce qui est important, c’est que le couple parental soit soudé, même si le couple « conjugal » ne l’est plus. Il faut continuer à partager des activités, des moments forts liés à l’enfant, comme les spectacles, les fêtes de l’école, les compétitions sportives. De préférence sans le nouveau compagnon ou la nouvelle compagne… Travailler sur soi et regarder, malgré tout, l’autre parent avec bienveillance. Et quand il y a un problème scolaire, ils doivent l’affronter ensemble, en discuter.

 

Et comment faire pour qu’il y ait un vrai relais sur les questions scolaires entre les deux ex-partenaires ?

Il faut que l’école envoie les bulletins aux deux adresses. La nounou ou le professeur peut aussi faire le lien. Il faut savoir également que l’école joue un rôle de médiateur entre eux quand elle convoque les parents pour des réunions, des entrevues sur tel ou tel problème scolaire.

 

De quelle manière le parent éloigné peut-il rassurer l’enfant, lui montrer qu’il est présent ?

Lui téléphoner, se servir de Skype, utiliser tous les moyens technologiques à sa disposition. Créer aussi des moments de présence inhabituels en accord avec l’autre parent, faire des surprises, comme le prendre à la sortie de l’école quand ce n’était pas prévu, l’emmener dîner au resto. Casser un rythme trop rigide !

 

Dans ce type de moment difficile à vivre pour l’enfant, est-ce qu’il ne faut pas lâcher du lest par rapport aux notes, aux performances scolaires ?

Oui, il faut cesser de se focaliser sur les notes. Et se soucier surtout qu’il soit heureux… Pour changer les idées de l’enfant, il faut aussi que le parent crée du lien social, fasse entrer des amis à la maison.

 

Comment communiquer avec le corps enseignant à propos de la séparation parentale ?

On demande au maître, à la maîtresse ou au professeur principal de signaler la moindre difficulté, afin de pouvoir nouer le dialogue quand il le faut, décupler sa vigilance par rapport à l’enfant. Un enfant qui se met à avoir quatre sur vingt en anglais alors que son papa est totalement bilingue, ça peut être, par exemple, une façon d’adresser un message à son père…

 

D’autres facteurs peuvent également venir perturber l’enfant dans son développement ou sa scolarité comme des métiers chronophages…  A votre sens, dans quels types de professions est-il le plus difficile de concilier vie professionnelle et vie de parent ?

Les métiers chronophages où il n’y pas vraiment de limite-horaire… C’est d’ailleurs pour cela que les femmes se sentent souvent obligées de choisir entre les deux une fois qu’elles sont mamans. Ce qui est encore plus complexe à gérer, c’est quand il y a imbrication entre vie professionnelle et vie privée, comme c’est le cas pour les parents qui travaillent à domicile.

 

Quels peuvent être les ressentis d’un enfant face à un parent qui est souvent absent ?

Quand un père et une mère travaillent beaucoup mais qu’ils savent consacrer du temps de qualité à leur enfant, il ne le ressent pas forcément mal. C’est un temps subjectif… Ce que l’enfant apprécie aussi, c’est la co-présence, c’est à dire qu’on puisse être là tout en travaillant. Le fait que Papa ou Maman soit là à proximité suffit à le sécuriser, à le rassurer.

 

Comment cela peut se traduire dans son comportement et plus précisément dans sa
scolarité ?

Certains enfants fuiront la réalité de l’absence parentale en sortant, en étant tout le temps avec leur bande de copains. D’autres pourront se renfermer sur eux-mêmes. On appelle cela le symptôme abandonnique…

 

Quels moments-clés de la vie de l’enfant faut-il s’efforcer de ne pas rater, même si on a un métier très prenant ?

Autant que possible, il faut essayer d’être là à l’heure du coucher, voire au moment des devoirs ou à la sortie de l’école. Parce que pendant leurs journées, qui commencent souvent très tôt, nos petits accumulent beaucoup de tension nerveuse. Et puis il faut être là pour les anniversaires, les spectacles, les kermesses, les réunions avec les professeurs. Tout ce qui est important pour les enfants… Il faut participer, marquer son investissement au groupe scolaire, au groupe social, rencontrer les parents de ses amis. Françoise Dolto a ainsi dit qu’il fallait tout un village pour élever un enfant !

 

L’important, est-ce le temps qu’on passe avec nos enfants ou ce qu’on fait avec eux ?

Ce qu’on fait ! La teneur de la relation. Il faut alterner les moments d’écoute, les moments festifs. Je citerais encore Françoise Dolto qui disait qu’il faut traiter l’enfant comme un invité.
Il faut toujours être curieux, lui demander comment sa journée s’est passée, faire des jeux de société, interagir…

 

Comment dialoguer avec son enfant à propos de son métier ? Justifier le fait qu’il soit aussi accaparant ?

Il faut lui dire que quand on a un travail qui nous passionne, on ne peut pas trop compter le temps qu’on lui consacre. Lui expliquer aussi que notre métier s’adresse à des gens, a une utilité sociale, publique.

 

Comment se déculpabiliser en tant que parent ?

En ne culpabilisant justement plus! Quand on fait cela, on génère de l’angoisse qui se répercute sur l’enfant. L’épanouissement du parent, spécialement de la mère, quand l’enfant est petit, apporte beaucoup de bonheur à celui-ci. Quand on a accompli une mission, une tâche jusqu’au bout, on se sent bien.  Ça donne à l’enfant une notion de la valeur travail. Ce sont des choses qui se transmettent au-delà des mots. C’est pour cela qu’il ne faut pas trop se plaindre devant eux, dire que son job est un poids, une source d’énervement…

 

Après le divorce et le décès d’un proche, le déménagement est un facteur de stress important pour l’enfant : pourquoi ?

Ce n’est pas pour rien qu’on dit que c’est la troisième pire source de stress, après le divorce et le décès d’un proche. Pour lui, ça signifie une perte de repères, la perte aussi de ses amis, l’abandon de son univers. De son espace également et c’est très douloureux, même si dans la nouvelle maison, la nouvelle chambre est mieux que la précédente.

 

Quels comportements observe-t-on chez les enfants qui déménagent beaucoup ?

Une certaine instabilité affective, une forme aussi de résistance aux évolutions. Souvent, ils cherchent à avoir des objets sécurisants, doudous ou autres… Ca peut carrément tourner à l’obsession. Ils peuvent avoir également des troubles de l’attachement, se faire des copains de façade et ne pas avoir, en fait, de véritables liens.

 

Refusent-t-il consciemment de s’intégrer scolairement en se disant qu’ils seront bientôt une nouvelle fois obligés de s’adapter à un nouvel environnement ?

Oui, certains refusent les codes sociaux ou survolent les choses, travaillent juste le minimum à l’école pour se fondre dans la masse. Ça peut être une façon de revendiquer, un message adressé à leurs parents pour traduire leur frustration, leur mécontentement. Mais au lieu de l’exprimer chez lui, ils le font à l’école. Ils déplacent le problème…

 

Pourquoi les parents doivent-ils éviter de faire le forcing ? Les contraindre à socialiser ?

Il est largement préférable de déterminer la cause de leur malaise plutôt que de faire pression pour qu’ils s’intègrent à tout prix. Ou leur répéter « Fais-ci, fais ça » ou « Fais pas ci, fais pas ça »…  Il est aussi très important de communiquer sur le mode « J’ai l’impression que tu nous en veux et c’est normal… ».

 

Comment les préparer psychologiquement au déménagement en amont ?

C’est essentiel qu’ils n’aient pas l’impression qu’ils sont les derniers au courant… Par ailleurs, il faut tout faire pour les motiver : leur montrer l’appartement, leur demander comment ils veulent l’aménager, le décorer. S’ingénier à ce qu’ils soient partie prenante dans la démarche… On les met ainsi dans un mouvement positif vers le déménagement. On peut aussi scénariser celui-ci en impliquant toute la famille (les papys, les mamies, les oncles, les tantes) et en prenant des photos…

De quelle façon peut-on les aider à le « digérer » ensuite ?

On peut prévoir une sorte de pendaison de crémaillère avec ses nouveaux petits copains, fabriquer des nouveaux rituels dans sa nouvelle sphère sociale.

 

Comment garder le lien avec sa vie d’avant ?

Si c’est réalisable, inviter ses anciens copains à passer de temps en temps un week-end à la maison, sauf évidemment si on a déménagé très loin. Se parler régulièrement au bout du fil…
Ce qui est super aussi, c’est de lui confectionner un carnet de téléphone personnalisé où il gardera toutes les coordonnées de ses amis.

 

Si on ne déménage pas loin, faut-il rester dans l’ancienne école ?

Effectivement, si on ne déménage pas loin, ce n’est pas mal de pouvoir ménager une année de transition en continuant dans la même école, si c’est possible. L’adaptation pourra alors se faire de façon beaucoup plus progressive, moins abrupte.

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 4 juil. 2011
 
 
 
 
 
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