Rencontre avec Yvonne Poncet-Bonissol (extrait 1)

Parcours :

Yvonne Poncet-Bonissol, psychoclinicienne, a exercé en milieu psychiatrique, en institut médico-éducatif et en crèches hospitalières. Auteur d’Adolescents : crise, révoltes et fractures (éditions Dangles), elle participe régulièrement aux États Généraux de la Famille. Une spécialiste des relations familiales qui plaide pour le dialogue, l’échange en toutes circonstances.

 

Quel est l’impact des difficultés conjugales sur la scolarité d’un enfant ?

Dès qu’il y a un conflit de ce type, l’enfant le ressent, même si les parents ne se disputent pas devant lui, même s’ils ne veulent pas l’impliquer. Il y a, malgré tout, une bataille chez lui entre son conscient et son inconscient.  Cela peut susciter deux types de réactions… Soit il prend l’école comme refuge, il la surinvestit, en pensant que ça pourra rassembler le couple parental, soit il manifeste des problèmes de concentration. Mais il ne voudra généralement pas entendre parler de divorce. Parce que c’est de toute façon une fracture pour lui. Il lui manquera le socle familial qu’il avait auparavant…

 

Le fait de vivre le divorce de ses parents implique-t-il forcément un fléchissement scolaire ?

Pas systématiquement. C’est du cas par cas… Parfois, par ses bons résultats scolaires, l’enfant peut essayer de protéger le parent qu’il considère comme fragile. 

 

Pourquoi cet événement sape-t-il souvent sa confiance en lui ? 

Parce qu’il s’en croit responsable! L’enfant pense qu’il n’a pas réussi à rendre ses parents heureux. Il y a une culpabilité lancinante…

 

Juste après la séparation, quelles mesures doivent prendre les parents pour préserver leur enfant sur le plan scolaire ?

Ce qui est important, c’est que le couple parental soit soudé, même si le couple « conjugal » ne l’est plus. Il faut continuer à partager des activités, des moments forts liés à l’enfant, comme les spectacles, les fêtes de l’école, les compétions sportives. De préférence sans le nouveau compagnon ou la nouvelle compagne… Travailler sur soi et regarder, malgré tout, l’autre parent avec bienveillance. Et quand il y a un problème scolaire, ils doivent l’affronter ensemble, en discuter.

 

Et comment faire pour qu’il y ait un vrai relais sur les questions scolaires entre les deux ex-partenaires ?

Il faut que l’école envoie les bulletins aux deux adresses. La nounou ou le professeur peut aussi faire le lien. Il faut savoir également que l’école joue un rôle de médiateur entre eux quand elle convoque les parents pour des réunions, des entrevues sur tel ou tel problème scolaire.

 

De quelle manière le parent éloigné peut-il rassurer l’enfant, lui montrer qu’il est présent ?

Lui téléphoner, se servir de Skype, utiliser tous les moyens technologiques à sa disposition. Créer aussi des moments de présence inhabituels en accord avec l’autre parent, faire des surprises, comme le prendre à la sortie de l’école quand ce n’était pas prévu, l’emmener dîner au resto. Casser un rythme trop rigide !

 

Dans ce type de moment difficile à vivre pour l’enfant, est-ce qu’il ne faut pas lâcher du lest par rapport aux notes, aux performances scolaires ?

Oui, il faut cesser de se focaliser sur les notes. Et se soucier surtout qu’il soit heureux… Pour changer les idées de l’enfant, il faut aussi que le parent crée du lien social, fasse entrer des amis à la maison.

 

Comment communiquer avec le corps enseignant à propos de la séparation parentale ?

On demande au maître, à la maîtresse ou au professeur principal de signaler la moindre difficulté, afin de pouvoir nouer le dialogue quand il le faut, décupler sa vigilance par rapport à l’enfant. Un enfant qui se met à avoir quatre sur vingt en anglais alors que son papa est totalement bilingue, ça peut être, par exemple, une façon d’adresser un message à son père…

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 5 juil. 2011