Rencontre avec Yvonne Poncet-Bonissol (extrait 2)

Parcours :

Yvonne Poncet-Bonissol, psychoclinicienne, a exercé en milieu psychiatrique, en institut médico-éducatif et en crèches hospitalières. Auteur d’ Adolescents : crise, révoltes et fractures (éditions Dangles), elle participe régulièrement aux Etats Généraux de la Famille. Pour elle, le temps de l’échange, le temps du plaisir partagé entre l’enfant et le parent, même s’il est restreint, est infiniment précieux…

 

A votre sens, dans quels types de professions est-il le plus difficile de concilier vie professionnelle et vie de parent ?

Les métiers chronophages où il n’y pas vraiment de limite-horaire… C’est d’ailleurs pour cela que les femmes se sentent souvent obligées de choisir entre les deux une fois qu’elles sont mamans. Ce qui est encore plus complexe à gérer, c’est quand il y a imbrication entre vie professionnelle et vie privée, comme c’est le cas pour les parents qui travaillent à domicile.

 

Quels peuvent être les ressentis d’un enfant face à un parent qui est souvent absent ?

Quand un père et une mère travaillent beaucoup mais qu’ils savent consacrer du temps de qualité à leur enfant, il ne le ressent pas forcément mal. C’est un temps subjectif… Ce que l’enfant apprécie aussi, c’est la co-présence, c’est à dire qu’on puisse être là tout en travaillant. Le fait que Papa ou Maman soit là à proximité suffit à le sécuriser, à le rassurer.

 

Comment ça peut se traduire dans son comportement et plus précisément dans sa scolarité ?

Certains enfants fuiront la réalité de l’absence parentale en sortant, en étant tout le temps avec leur bande de copains. D’autres pourront se refermer sur eux-mêmes. On appelle cela le symptôme abandonnique…

 

Quels moments-clés de la vie de l’enfant faut-il s’efforcer de ne pas rater, même si on a un métier très prenant ?

Autant que possible, il faut essayer d’être là à l’heure du coucher, voire au moment des devoirs ou à la sortie de l’école. Parce que pendant leurs journées, qui commencent souvent très tôt, nos petits accumulent beaucoup de tension nerveuse. Et puis il faut être là pour les anniversaires, les spectacles, les kermesses, les réunions avec les professeurs. Tout ce qui est important pour les enfants… Il faut participer, marquer son investissement au groupe scolaire, au groupe social, rencontrer les parents de ses amis. Françoise Dolto a ainsi dit qu’il fallait tout un village pour élever un enfant !

 

L’important, est-ce le temps qu’on passe avec nos enfants ou ce qu’on fait avec eux ?

Ce qu’on fait ! La teneur de la relation. Il faut alterner les moments d’écoute, les moments festifs. Je citerais encore Françoise Dolto qui disait qu’il faut traiter l’enfant comme un invité.
Il faut toujours être curieux, lui demander comment sa journée s’est passée, faire des jeux de société, interagir…

 

Comment dialoguer avec son enfant à propos de son métier ? Justifier le fait qu’il soit aussi accaparant ?

Il faut lui dire que quand on a un travail qui nous passionne, on ne peut pas trop compter le temps qu’on lui consacre. Lui expliquer aussi que notre métier s’adresse à des gens, a une utilité sociale, publique.

 

Comment se déculpabiliser en tant que parent ?

En ne culpabilisant justement plus ! Quand on fait cela, on génère de l’angoisse qui se répercute sur l’enfant. L’épanouissement du parent, spécialement de la mère, quand l’enfant est petit, apporte beaucoup de bonheur à celui-ci. Quand on a accompli une mission, une tâche jusqu’au bout, on se sent bien. Ca donne à l’enfant une notion de la valeur travail. Ce sont des choses qui se transmettent au-delà des mots. C’est pour cela qu’il ne faut pas trop se plaindre devant eux, dire que son job est un poids, une source d’énervement…

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 5 juil. 2011
 
 
 
 
 
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