Rencontre avec Yvonne Poncet-Bonissol (extrait 3)

Parcours :

Yvonne Poncet-Bonissol, psychoclinicienne, a exercé en milieu psychiatrique, en institut médico-éducatif et en crèches hospitalières. Auteure d’Adolescents : crise, révoltes et fractures ( éditions Dangles), elle participe régulièrement aux Etats Généraux de la Famille. Selon elle, le déménagement est toujours une blessure pour nos enfants. Mais elle peut être adoucie si l’on rend les enfants acteurs de ce changement.

 

Pourquoi le fait de déménager est-il si déstabilisant pour l’enfant ?

Ce n’est pas pour rien qu’on dit que c’est la troisième pire source de stress, après le divorce et le décès d’un proche. Pour lui, ça signifie une perte de repères, la perte aussi de ses amis, l’abandon de son univers. De son espace également et c’est très douloureux, même si dans la nouvelle maison, la nouvelle chambre est mieux que la précédente.

 

Quels comportements observe-t-on chez les enfants qui déménagent beaucoup ?

Une certaine instabilité affective, une forme aussi de résistance aux évolutions. Souvent, ils cherchent à avoir des objets sécurisants, doudous ou autres… Ca peut carrément tourner à l’obsession. Ils peuvent avoir également des troubles de l’attachement, se faire des copains de façade et ne pas avoir, en fait, de véritables liens.

Refusent-t-il consciemment de s’intégrer scolairement en se disant qu’ils seront bientôt une nouvelle fois obligés de s’adapter à un nouvel environnement ?

Oui, certains refusent les codes sociaux ou survolent les choses, travaillent juste le minimum à l’école pour se fondre dans la masse. Ça peut être une façon de revendiquer, un message adressé à leurs parents pour traduire leur frustration, leur mécontentement. Mais au lieu de l’exprimer chez lui, ils le font à l’école. Ils déplacent le problème…

 

Pourquoi les parents doivent-ils éviter de faire le forcing ? Les contraindre à socialiser ?

Il est largement préférable de déterminer la cause de leur malaise plutôt que de faire pression pour qu’ils s’intègrent à tout prix. Ou leur répéter « Fais-ci, fais ça » ou « Fais pas ci, fais pas ça »…  Il est aussi très important de communiquer sur le mode « J’ai l’impression que tu nous en veux et c’est normal… ».

 

Comment les préparer psychologiquement au déménagement en amont ?

C’est essentiel qu’ils n’aient pas l’impression qu’ils sont les derniers au courant… Par ailleurs, il faut tout faire pour les motiver : leur montrer l’appartement, leur demander comment ils veulent l’aménager, le décorer. S’ingénier à ce qu’ils soient partie prenante dans la démarche… On les met ainsi dans un mouvement positif vers le déménagement. On peut aussi scénariser celui-ci en impliquant toute la famille (les papys, les mamies, les oncles, les tantes) et en prenant des photos…

 

De quelle façon peut-on les aider à le « digérer » ensuite ?

On peut prévoir une sorte de pendaison de crémaillère avec ses nouveaux petits copains, fabriquer des nouveaux rituels dans sa nouvelle sphère sociale.

 

Comment garder le lien avec sa vie d’avant ?

Si c’est réalisable, inviter ses anciens copains à passer de temps en temps un week-end à la maison, sauf évidemment si on a déménagé très loin. Se parler régulièrement au bout du fil…
Ce qui est super aussi, c’est de lui confectionner un carnet de téléphone personnalisé où il gardera toutes les coordonnées de ses amis.

 

Si on ne déménage pas loin, faut-il rester dans l’ancienne école ?

Effectivement, si on ne déménage pas loin, ce n’est pas mal de pouvoir ménager une année de transition en continuant dans la même école, si c’est possible. L’adaptation pourra alors se faire de façon beaucoup plus progressive, moins abrupte.

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 5 juil. 2011
 
 
 
 
 
Acadomia

rejoignez notre forum

Que pensez-vous du système de notation français ?

dernier message le 18 févr. 2015, par sysdream:

"error..."