Parents à la reconquête de l’autorité

« Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, nos enfants sont des tyrans. » Parents perdant pied, professeurs dépassés, psy débordés pourraient se réfugier dans cette citation attribuée à… Socrate ! Mais si le débat autour de l’autorité ne date pas d’hier, si les conflits intergénérationnels marquent toutes les époques, force est de constater que les indisciplines attribuées aux jeunes se multiplient, se transforment et peinent à être contenues par les adultes. Lesquels tentent de redéfinir les règles du jeu pour exercer leur rôle d’éducateurs. 

Une recrudescence d’enfants indisciplinés

Aldo Naouri a été pédiatre durant 36 ans, dans le 13e arrondissement de Paris. Il a vu défiler dans son cabinet plusieurs générations de patients, a soigné des enfants puis leurs enfants. Et il n’hésite pas à parler d’un phénomène observé ces dernières années : la multiplication de ceux qu’il surnomme les « Jacques-Henri », ces enfants que l’on pourrait qualifier de sales gosses, totalement hermétiques à la notion d’effort et de surcroît malpolis. « Ces enfants ont toujours existé, explique-t-il avant d’ajouter, durant les dernières années de ma carrière, ils sont devenus la majorité ». Plus pondéré dans ses propos mais non moins avisé sur la question, le professeur de Sciences de l’Éducation à l’Université de Nancy 2, Eirick Prairat, parle pour sa part d’une « montée de l’indiscipline et, en même temps, d’une transformation de ces comportements d’indiscipline ».

Les chahuts, l’école les a toujours connus, certes. Mais autrefois ils prenaient « la forme de transgressions ritualisées, circonscrites dans le temps et l’espace, et qui témoignaient, par leur forme même, d’une adhésion aux règles de l’ordre scolaire. » Aujourd’hui, les chahuts sont des désordres diffus et peu ritualisés, « ils témoignent d’une désacralisation des règles. (…) La loi n’est plus connue ou, si elle l’est, c’est sur un mode distant ; elle n’est plus appréhendée comme une instance régulatrice », poursuit-il.

Le comportement que l’on peut exiger de l’enfant ou de l’élève ne serait plus défini. Plus fâcheux, les éducateurs ne s’accorderaient pas sur des normes comportementales, à l’école comme à la maison. « La demande parentale à l’endroit de l’école est souvent ambivalente. Les familles exigent souvent une éducation sévère et stricte et, dans le même moment, elles sont enclines à contester les procédures et les modalités disciplinaires de l’école. Il n’y a pas toujours de coïncidence entre l’intérêt de son enfant et les intérêts plus collectifs d’une institution ». Ainsi, un sondage CSA/APEL/La Croix (1), de 2010 révèle que les parents d’élèves reconnaissent à 65% qu’ils ne soutiennent pas suffisamment l’autorité des enseignants. Pour autant l’autorité est une valeur plébiscitée par 83% des parents. Plus de 80% affirment qu’ils manquent d’autorité à l’endroit de leur progéniture, mais 86% considèrent que le problème n’existe pas chez eux, mais chez les autres !

 
Le 5 avr. 2011
 
 
 
 

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