La scolarité se joue-t-elle au sein du couple parental ?

Divorce, hyperprotection, conflits entre les adultes du foyer, les difficultés affectives, émotionnelles, conjugales ou les choix de vie des parents influencent-ils les bulletins des enfants ? Les analyses de nos experts.

 

Parents-enfants, les vases communicants

Si de nombreuses questions divisent les spécialistes de l’enfance, une certitude les réunit : à des degrés divers selon leur tempérament, leur sensibilité, nos enfants sont de véritables éponges à émotions. Les tensions, les séparations entre leurs parents, le stress et les angoisses qui habitent parfois ces derniers déteignent toujours sur eux.

«  Pour moi, le couple parental est un éco- système qui interagit avec l’univers professionnel, la belle-famille, l’école. C’est une entité qui colore le reste», explique la conseillère conjugale Bénédicte de Dinechin. « De la même manière, il n’y a donc pas d’étanchéité entre ce que ressent l’enfant et ce que vit le couple parental. La preuve, c’est qu’il y a des bouts de choux qui comprennent que leur mère est enceinte avant qu’elle ne leur annonce, avant même parfois qu’elle ne le sache elle-même. Il n’y a pas de cloisonnement entre l’intellect et l’affect. Donc, c’est normal qu’un bouleversement dans la sphère intime rejaillisse sur les performances physiques et intellectuelles de l’enfant ».


Le divorce en première ligne

Ainsi, le divorce semble avoir un impact certain sur la scolarité. De nombreuses études statistiques, à l’instar de celle de Paul Archambault : « Le devenir des familles dissociées »*, prouvent que le fait d’assister à la rupture du couple parental pénalise la scolarité. L’auteur établit dans son étude que les enfants dont les parents se sont séparés alors qu'ils étaient encore mineurs n'atteignent pas les mêmes niveaux d'éducation que les enfants de même origine sociale dont les parents sont restés unis. Rassurons cependant les parents : le phénomène de fléchissement scolaire est classique dans cette situation, « parce que les mauvaises notes sont un bon indicateur « en direct » du ressenti de l’enfant » note Bénédicte de Dinechin.

Mais la chute des résultats scolaires n’est pas systématique et se révèle souvent temporaire. Une fois la séparation ou le divorce « digéré », l’enfant revient souvent à son niveau scolaire habituel. Une acceptation qu’un dialogue nourri entre parents et enfants facilitera. «  Il faut leur expliquer très tôt les choses, séparer les sphères pour éviter que l’enfant se donne la mission de « guérir » sa maman et son papa. Si on dit clairement «  Nous sommes désolés de ce qui arrive mais tu n’es pas du tout responsable de cette situation », cela lui évitera de se sentir à la fois coupable et arbitre, d’entrer dans des raisonnements très compliqués », insiste Bénédicte de Dinechin. 

Quand la séparation parentale booste le bulletin !

Vrai paradoxe : il arrive dans des cas plus rares que l’explosion du couple entre le père et la mère provoque un phénomène totalement contraire : « l’enfant prend alors l’école comme refuge, il la surinvestit, en pensant que ça pourra rassembler le couple parental », commente la psychologue Yvonne Poncet-Bonissol. « Parfois, par ses bons résultats scolaires, il peut aussi essayer de protéger le parent qu’il considère comme fragile ». Il s’agit là de ce que Bénédicte de Dinechin nomme de son coté les « enfants-pansements ». « Ils se donnent un rôle dans le bien-être de leurs parents et cherchent l’excellence à l’école afin de ne pas leur créer des soucis supplémentaires », commente-t-elle.

A même cause, effets différents !  Par ailleurs, il ne faut pas focaliser sur le seul divorce : d’autres turbulences parasitant la relation parentale ou familiale peuvent, de la même façon, venir entraver la scolarité de Junior. Comme le fait que les parents, pourtant encore « ensemble » aient des relations très conflictuelles ou violentes. Ou qu’ils surprotégent l’enfant et/ ou surinvestissent sa scolarité. «  Des bons résultats procurent une renarcissisation, une réparation par procuration aux parents. Or, pour être serein à l’école, il faut absolument que l’enfant sache que ceux-ci ont un autre étayage affectif que ses notes. Si l’on veut que l’enfant soit heureux et performant scolairement, il faut donc que les parents lâchent prise et apprennent aussi à vivre un peu… pour eux !

* http://these.archambault.free.fr

Bénédicte Flye Sainte Marie

Le 4 juil. 2011
 
 
 
 
 
 
Acadomia