Modes de garde, comment choisir ?

Garde collective ou individuelle ? A domicile ou à l’extérieur ? Crèche ou assistante maternelle ? Congé parental ou employée de maison ? Une garde alternée ? Une jeune fille au pair peut-être... Pour les jeunes parents, faire garder son enfant est un véritable casse tête.

Dès les premiers mois de grossesse, il faut déjà penser à la fin du congé maternité, la reprise du travail. Décider de faire garder son enfant, c’est d’abord choisir un mode de garde. Déterminer une personne ou un lieu à qui confier sa progéniture en toute tranquillité, qui saura s’adapter à ses horaires, ses impératifs, son enfant. Avec qui il pourra grandir et se développer au mieux. En se penchant sur l’offre de garde d’enfant en France, on s’aperçoit vite qu’il s’agit d’un choix cornélien... Il est donc nécessaire de se poser les bonnes questions. Le choix du mode de garde influencera-t-il le développement de son enfant ? Dans quelle mesure la période préscolaire peut-elle être déterminante ?

Agnès Florin, professeur à l’université de Nantes note dans son Rapport au Haut Conseil de l’Education, en 2007, qu’« un consensus se dégage dans la littérature internationale sur les modes d’accueil dits ‘’pré-scolaires’’, pour considérer comme éléments de qualité nécessaires à un bon développement cognitif, social et affectif des enfants : la qualité des interactions (entre adultes et enfants, entre enfants, entre adultes), l’attention qui leur est portée, l’adéquation aux besoins individuels, la stabilité du personnel, l’adéquation des locaux ».

 

Un enfant prêt pour l’école

De nombreux travaux existent sur l’accueil extra familial de l’enfant et son influence sur le développement psychologique. La question est loin d’être simple, elle « dépend de ce que l’on entend par garde non parentale (son type, sa qualité), par développement (quel aspect du développement) et par ‘’avoir un effet’’ (effet positif, négatif, amplitude, persistance de cet effet) ; cela dépend encore de quel enfant on parle (de la qualité de sa relation avec les parents par exemple). Il faut noter également le poids des variables environnementales comme la profession et le niveau de formation des parents ou la stabilité du mode de garde » explique Blaise Pierrehumbert1 dans L’accueil du jeune enfant : politiques et recherches dans les différents pays.

Outre l’amour et l’affection (qui sont, bien entendu, les premiers éléments à envisager), l’une des principales préoccupations des parents reste comment préparer au mieux son enfant aux défis scolaires. Ainsi, est-ce possible d’aider les nourrissons et les jeunes enfants d’âge préscolaire à « préparer » leur entrée en maternelle ?  Jérémi Sauvage2, docteur en sciences du langage, est plutôt catégorique sur le sujet. « La période préscolaire ne doit pas être une préparation à l’école. (...)Il est important de préciser également qu’il n’existe pas une unique vitesse du développement du langage. En d’autres termes, il est « normal » que tous les enfants de 3 ans ne parlent pas de la même manière lorsqu’ils entrent à l’école maternelle. Les comparaisons que font les adultes sont donc souvent hasardeuses. L’une des missions de l’école maternelle sera ainsi notamment d’accompagner le développement du langage, de le stimuler en offrant aux jeunes enfants une multitude de situations langagières différentes (à deux, en petits groupes, dans la classe, dans le couloir, dans la cour, etc.) dans lesquelles l’enfant pourra s’exercer à parler en interaction avec des adultes et d’autres enfants. Ainsi, les étapes de l’acquisition du langage et les modalités conduisent à une réalité hétérogène en classe. » 


La question du langage

Le développement du langage et de la communication, l’influence du mode d’accueil chez les enfants de deux et trois ans, réalisée par les membres du laboratoire Langage et Cognition de l’Université de Poitiers3, est la seule étude effectuée en France s’intéressant spécifiquement au langage. Elle y compare trois groupes d’enfants : le premier, formé d’enfants fréquentant des crèches ; le deuxième, d’enfants gardés par une assistante maternelle ; le troisième, d’enfants élevés principalement par leur mère. Il apparait que lorsque des différences existent - essentiellement en terme de développement structurel (capacité à combiner des mots) et fonctionnel (capacité à participer à la conversation) – elles sont en faveur d’un mode de garde extra familial. « Les deux premiers volets de la recherche montrent que, globalement, l’accueil extra familial favorise le développement du langage. (...) cet avantage peut s’expliquer par un mécanisme appelé « le langage entendu » et qui a été rarement pris en compte jusqu’ici dans les études sur le développement du langage. En effet, dans les contextes collectifs – et toujours à condition que les adultes s’adressent directement aux enfants, les enfants ont l’occasion d’entendre une plus grande quantité du langage qu’un enfant gardé par sa mère ».

Qu’en est-il du niveau de langage des intervenants ? S’ils font des fautes de français à l’oral, mon enfant va-t-il les reproduire ? « La peur de mal faire nous fait trop souvent oublier la réalité langagière dans laquelle nous évoluons. La sociolinguistique a montré depuis bientôt 40 ans que plutôt que de fautes à l’oral, il est plus judicieux de parler de variations. Aucun chercheur n’a réussi à trouver une personne ne « faisant pas de fautes » à l’oral car on se réfère trop souvent aux normes de l’écrit. Apprendre à parler correctement ne signifie rien de précis d’un point de vue linguistique. Parler comme son entourage et savoir adapter sa parole à d’autres environnements langagiers tout au long de sa vie, voilà ce qu’apprendre à parler correctement veut dire » explique Jérémi Sauvage. « L’essentiel se joue au-delà des aspects visibles de la parole. L’interaction sociale entre l’enfant et autrui reste primordiale. On le sait aujourd’hui, les carences affectives par exemple, ont des conséquences bien plus négatives que l’usage d’un niveau langagier courant (par opposition à soutenu). »
De la même façon, l’étude du laboratoire Langage et Cognition confirme « le langage adressé aux enfants par les intervenantes, aussi bien les auxiliaires de crèche que les assistantes maternelles, présente des caractéristiques quantitatives et qualitatives qui font que le développement n’est en aucun cas moins bon que celui des enfants élevés par leur mère ».

Depuis quelques temps, la question de l’apprentissage précoce d’une langue étrangère se fait de plus en plus présente. Offrir la possibilité à son enfant d’être bilingue dès son plus jeune âge est très tentant. C’est aussi une excellente idée. Il est prouvé que les enfants qui grandissent avec deux langues ont une vitesse d’acquisition (du langage et du reste) similaire aux autres. Ils apprendraient même plus vite.

 

Développement psycho affectif de l’enfant

En 1982, M. Choquet et F. Davidson4 réalisent une étude dans le 14ème arrondissement de Paris. A travers la trajectoire de plus de quatre cents enfants de leurs trois mois à leurs trois ans, ils ont envisagé l’influence du mode de garde sur le développement physique et psycho affectif de l’enfant. Il en ressort que « le type de mode de garde influe peu sur le développement de l’enfant. Les différences observées entre les modes de placement sont souvent expliquées par des variables socio culturelles déterminantes dans le choix de la garde. Par contre, les changements successifs de garde sont, dans tous les cas, néfastes pour l’enfant, surtout lorsqu’il est gardé à l’extérieur. Dans un souci de prévention (...),il est nécessaire d’assurer à l’enfant, outre le choix d’une personne rassurante et équilibrante, la stabilité du mode de garde ».

Il semble donc que l’influence du mode de garde sur le développement de l’enfant ne soit que limitée. Alors comment choisir ? Colette Corblin2 conseille aux parents de « conserver à l’esprit que les enfants structurent et acquièrent les formes du langage (vocabulaire, constructions) en écoutant leur entourage, qu’ils aiment jouer avec les sonorités, les mots, les expressions. Manifester une bonne qualité d’écoute, développer la conscience du langage et de la langue, avoir une attitude de curiosité, stimuleront chez l’enfant l’envie de parler, de raconter, de décrire et d’argumenter ».


1. L’accueil du jeune enfant : politiques et recherches dans les différents pays, Blaise Pierrehumbert, Paris, collection La Vie de l’Enfant, ESF éditeur, 1992.

2. Jérémi SAUVAGE est formateur à l’IUFM de Montpellier / Université Montpellier 2, docteur en sciences du langage et chercheur au laboratoire Dipralang EA 739. Il dirige la collection « Enfance & Langages » chez l’Harmattan. Son dernier ouvrage co-dirigé avec Colette Corblin et intitulé : L’enseignement des langues vivantes étrangères à l’école. " Impacts sur le développement de la langue maternelle", 2010, est disponible aux éditions l’Harmattan

3. Le développement du langage et de la communication, l’influence du mode d’accueil chez les enfants de deux et trois ans, LaCo – Université de Poitier, 1999.

4. Choquet M., Davidson F. Le mode de garde et le développement physique et psycho affectif du jeune enfant. In : Enfance. Tome 35 n°5, 1982. Pp. 323-334.

Laurline Danguy des Déserts

Le 9 oct. 2012
 
 
 
 
 
 
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