regards d'experts

garde d'enfant

9 oct. 2012

Interview de Colette Corblin

Parcours Bibliographie

 

Par quelles étapes (de langage) l’enfant doit-il passer avant son entrée à l’école maternelle ?

Colette Corblin : Le langage s’installe dans l’interaction humaine ; l’enfant développe dès sa naissance l’aptitude à communiquer. Ainsi, le nouveau- né exprime des états et des émotions par des mimiques, des gestes, par des pleurs et des cris. Dès l’âge de 6 mois environ, ce langage non verbal indique toutes sortes d’émotions, et il est interprété par l’entourage.

Les chercheurs français en matière d’acquisition de la langue maternelle, notamment Dominique Bassano et Sophie Kern, constatent que, avant l’école : « Au cours de ses deux premières années, l’enfant passe par trois étapes charnières dans le développement de sa compétence langagière en production. Autour de 6 mois, l’enfant entre dans la période du babillage dit canonique, c’est-à-dire la production spontanée de syllabes. Cette première étape précède celle des premiers mots que l’on situe généralement lors du premier anniversaire de l’enfant. Enfin, avant deux ans, le vocabulaire productif connaît une formidable expansion, c’est le moment de la fameuse explosion lexicale. » Selon Dominique Bassano, l’émergence de la grammaire s’amorce vers 18 mois, (premières combinaisons de mots) et connaît un fort développement à 2 ans où les énoncés deviennent plus complexes.

Pour résumer, les « étapes »  dans la maîtrise de la langue maternelle, c’est-à-dire la première langue dans laquelle on s’adresse à l’enfant, sont très variables d’un enfant à l’autre ; on note généralement :

  • les essais de sons, de tons, des jeux sonores … autour de 6 mois.
  • les premiers mots, vers 1 an
  • les premiers messages construits et l’accroissement du vocabulaire, de 18 mois à 2 ans.

Ainsi l’enfant communique avec l’adulte, qui sollicite en retour le langage chez l’enfant : il lui parle, il comprend et partage ses émotions, lui communique les siennes, il commente, désigne des objets ou des événements de son entourage.


Que faire si on a l’impression qu’il n’avance pas ? A quel moment s’inquiéter ?

CC : On peut avoir l’impression que l’enfant n’avance pas quand l’enfant parle peu, ou tard, ce sont les « petits parleurs » décrits par Agnès Florin; mais cela ne veut pas dire que ces enfants ne construisent pas le système linguistique ! Ils vont un jour étonner leur entourage en prononçant parfaitement une suite de mots qu’ils n’avaient jamais « essayée » auparavant. Dans d’autres cas, il se peut que l’enfant parle dans une certaine approximation: sons mal restitués, suites de mots mal formées et cela entre deux et trois ans. Il n’y a pas de quoi s’alarmer, cela se règle au cours du temps ; l’entourage doit essayer d’obtenir des énoncés améliorés. Si cela ne peut être obtenu, on devra s’assurer en premier lieu de la bonne audition de l’enfant. L’école maternelle, par ailleurs, devra signaler tout problème, de façon à contrôler s’il y a pathologie ou non.


Dans quelle mesure la période pré-scolaire influe-t-elle sur le développement de l’enfant ?

CC : Ce qui est déterminant dans la période pré-scolaire, c’est le rapport de l’enfant avec son entourage, sa stabilité (mère, père, nourrice, famille proche, fratrie), l’affection, les émotions et les intérêts que les proches partagent avec lui, en lui faisant découvrir le monde ! Dans la mesure où l’enfant est l’interlocuteur privilégié, centre de toutes les attentions, l’entrée à l’école maternelle est un changement d’ordre social, car l’enfant, qui a grandi, quitte le cercle des proches, il n’y a plus les mêmes interlocuteurs.


Observe-t-on véritablement une influence du mode de garde sur le développement de l’enfant  (sur son langage notamment) ?

CC : A ma connaissance, on ne dispose pas d’analyses contrastées de cas décrivant l’influence du mode de garde sur le développement cognitif (et langagier) de l’enfant. Agnès Florin, professeur à l’université de Nantes note dans son Rapport au Haut Conseil de l’Education, en 2007, que les modes de garde sont variés : « En France, 28% des enfants de moins de 3 ans sont gardés par un parent en congé parental, 26% sont gardés par une assistante maternelle ou une employée au domicile des parents, 17% sont en crèche, 8% sont gardés par leur mère, 8% vont à l’école maternelle, 3% alternent garde individuelle et halte d’enfants et 10% n’ont pas de solution satisfaisante … ».

Il n’y a pas de remarques sur la valeur d’un mode de garde comparé à un autre. En revanche, dans le même rapport, et s’agissant des conditions les meilleures pour favoriser le développement de l’enfant,  il apparaît que : « Un consensus se dégage dans la littérature internationale sur les modes d’accueil dits  « pré-scolaires », pour considérer comme éléments de qualité nécessaires à un bon développement cognitif, social et affectif des enfants : la qualité des interactions (entre adultes et enfants, entre enfants, entre adultes), l’attention qui leur est portée, l’adéquation aux besoins individuels, la stabilité du personnel, l’adéquation des locaux ».


Si ma nounou fait des fautes de français à l’oral, mon enfant a-t-il des chances de les reproduire ? Aura-t-il alors plus de mal à apprendre à parler correctement ?

CC : Certes, l’enfant qui utilise avec la nourrice des formes erronées, a de fortes chances de les reproduire quelques temps encore. Mais cela se régule avec le temps, avec les interventions d’autres adultes.


Que vaut-il le mieux (les exemples sont volontairement caricaturaux) :

  • une nounou qui parle moins bien mais avec un très bon feeling avec les petits ?
  • une nounou avec un haut niveau de langage mais moins « proche » des enfants ?

 

CC : L’attention à l’enfant est primordiale. L’écoute et la compréhension dues à l’enfant qui est confié à la garde d’un parent, ou d’une assistante maternelle, doit donc se manifester aussi dans la façon de s’adresser à lui. L’adulte qui garde l’enfant doit prendre conscience de son rôle dans l’apprentissage de la langue.


Quelle est l’influence de la communication non verbale dans le développement du langage chez l’enfant ?

CC : La communication non verbale est importante dans le développement du langage parce qu’elle aide à comprendre : montrer du doigt un objet et prononcer son nom par exemple ! D’autres aides à la compréhension se manifestent : quand l’adulte lit une histoire à l’enfant, les intonations d’une part et les mimiques du visage l’aident à percevoir le sens de l’histoire et les émotions qui s’y déploient.


Quelle est l’utilité de parler à mon enfant dans une autre langue vivante autre que sa langue « maternelle » ? Est-ce vraiment une bonne idée ?

CC : Pour le développement du petit enfant, un certain nombre de parents mesurent l’importance de la maitrise de la langue maternelle, et craignent que l’apprentissage d’une autre langue vienne troubler cet apprentissage. Cela leur paraît donc mettre en cause l’utilité d’apprendre une deuxième langue. Or le problème est résolu parfois par nécessité (si l’un des parents parle une autre langue vivante), et résolu sur le plan expérimental, celui de l’apprentissage. On dispose désormais d’études qui prouvent qu’un enfant peut –justement parce qu’il est très jeune- apprendre d’autres langues que sa langue maternelle. Alors pourquoi ne pas lui faire apprendre une autre langue ? L’utilité de cet apprentissage précoce –si l’on pense à sa vie future de citoyen- n’est plus à mettre en cause de nos jours ! Il est même apparu que l’apprentissage d’une langue étrangère renforçait la maîtrise de la langue première (ou maternelle).Ici nous renvoyons à notre ouvrage publié chez L’Harmattan ; les analyses et conclusions  des auteurs vont dans ce sens.


Dans ce cas, vaut-il mieux une nounou bilingue (langue maternelle de l’enfant + langue étrangère – exemple français/anglais) ou une fille au pair étrangère (exemple une anglaise qui vient apprendre le français) ?

CC : Il y a tant d’autres paramètres à considérer, notamment concernant l’adulte pressenti pour la garde, que je m’abstiendrai de répondre !


 D’une manière générale (et dans l’idéal), quel type de mode de garde préconiseriez-vous (garde collective ou individuelle) ?

CC : Dans l’idéal, pour mes propres enfants, je préfèrerais un mode collectif en m’assurant de la qualité de l’accueil! Mais je n’ai pas de conseil à donner aux parents, là encore, il y a trop de paramètres en jeu concernant l’enfant.


Un conseil à donner aux parents très soucieux du langage de leur enfant ?

CC : Conserver à l’esprit que les enfants structurent et acquièrent les formes du langage (vocabulaire, constructions) en écoutant leur entourage, qu’ils aiment jouer avec les sonorités, les mots, les expressions. Manifester une bonne qualité d’écoute, développer la conscience du langage et de la langue, avoir une attitude de curiosité, stimuleront chez l’enfant l’envie de parler, de raconter, de décrire et d’argumenter.

Propos recueillis par Laurline Danguy des Déserts

 
 
 
 
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