regards d'experts

L'échec scolaire

5 janv. 2011

Le point de vue de Daniel Verba

Parcours Bibliographie

 

Daniel Verba, vous êtes sociologue et chercheur. Dans le cadre de vos études vous vous êtes intéressé à la violence et l’absentéisme à l’école… L’Etat met régulièrement sur le devant de la scène la « démission parentale » vis-à-vis de l’école notamment lorsqu’il s’agit de parler d’échec scolaire. Doit-on y voir une redistribution de la responsabilité dont l’école jusqu’alors était censée être le garant : la réussite scolaire du plus grand nombre ?

Toutes les enquêtes qui sont menées auprès de familles dont les enfants sont en difficulté scolaire montrent qu’elles ne sont aucunement démissionnaires. Bien au contraire les familles mesurent tout à fait les enjeux de la scolarité de leurs enfants et les encouragent à travailler et à se comporter en bons élèves. Mais pour des raisons qui relèvent de facteurs divers comme la précarité sociale, l’ignorance des codes scolaires, la disponibilité lorsqu’il s’agit de famille monoparentale ou bien encore de difficultés psychologiques qui marquent souvent l’adolescence, certaines familles sont dépassées par leurs enfants, submergées par les contraintes qui pèsent sur elles et l’impuissance à régler des problèmes souvent complexes.


Face à ces nombreux enfants décrocheurs ou tout simplement peu intéressés par l’école, l’Etat et ses représentants sont désemparés. Le modèle républicain censé donner sa chance à tous est clairement en échec et les politiques scolaires n’ont pas su accompagner les profondes transformations de la société française et les injustices sociales qu‘elles expriment. Mais attention à ne pas faire porter à l’école des responsabilités qui relèvent plus des politiques publiques en général que des politiques éducatives. L’Ecole interagit, mais ne peut être tenue seule responsable des inégalités sociales.


Dans quelle mesure la famille peut-elle être considérée comme responsable de la réussite scolaire d’un enfant ?


La réussite  scolaire est le fruit d’une coproduction qui fait intervenir au moins trois acteurs : les parents, les enseignants et les enfants eux-mêmes. Les parents d’abord puisque ceux-ci créent les conditions de cette réussite en procurant à l’enfant une sécurité à la fois matérielle et affective. Se sentir aimé, encouragé même lorsqu’on rencontre des difficultés est au principe même de la réussite.


Les enseignants qui transmettent le savoir et accompagnent les enfants tout au long de leur parcours scolaire jouent eux aussi un rôle important car ils sont censés compenser les défaillances scolaires ou culturelles des familles, notamment des moins bien dotées, en délivrant des enseignements adaptés à tous les enfants.


Enfin les enfants eux-mêmes contribuent à leur manière à cette réussite en répondant positivement ou négativement aux préconisations des adultes. Même s’ils sont sous la protection et la responsabilité des adultes, ils sont aussi acteurs de leur vie scolaire et à ce titre il est important, dans la relation pédagogique, de prendre en compte leur singularité, leurs dispositions et le rythme auquel ils progressent. 


Les inégalités sociales entre deux familles se ressentent-elles en termes de résultats scolaires entre deux enfants ?


Les grandes enquêtes de sociologie des années 60 et 70 (Bourdieu, Passeron, Baudelot, Establet...) ont en effet montré la corrélation étroite qu’il y avait entre les origines sociales des élèves et les probabilités de réussite ou d’échec scolaire. Mais il ne faut pas en conclure pour cela que tout enfant issu de milieu populaire est voué fatalement à l’échec scolaire. Des enquêtes plus fines – je pense notamment au travail de Bernard Lahire publié sous le titre Tableaux de famille (Gallimard-Seuil, 1995), montrent qu’une fraction non négligeable d’élèves issus de familles peu dotées économiquement et scolairement parvient à susciter une scolarité tout à fait satisfaisante.

Il n’y a donc pas de fatalité sociale de l’échec même si l’on observe effectivement une surreprésentation d’enfants issus des quartiers populaires parmi ceux qui souffrent de difficultés scolaires et une surpopulation de filles et fils de professeurs dans les grandes écoles. Lorsque la famille contribue à la socialisation scolaire et culturelle de l’enfant en venant renforcer ou compléter celle de l’école, celui-ci bénéficie évidemment d’un encadrement plus favorable à sa réussite que lorsque famille et école sont en conflit ou ne se comprennent pas.

 
 
 
 
 
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