regards d'experts

Orientation

6 janv. 2012

Rencontre avec Marie Gabrielle Charaix, conseillère d’orientation chez Acadomia

Parcours Bibliographie

 

Quelle filière vaut-il mieux faire ?

Cela dépend du profil de votre enfant ! Souvent, les parents considèrent que la filière S mène à tout. Mais il faut bien comprendre qu’un élève qui n’est pas fait pour être en S et qui se retrouve avec un dossier moyen ou mauvais ne pourra pas être admis dans les filières sélectives scientifiques.

 

Comment choisir une filière ?

 Pour choisir une filière, il faut se poser la question : quelles sont les aptitudes de mon enfant ? Ces aptitudes sont autant indices qui permettent de trouver la filière la plus adaptée. Par exemple, lorsqu’un élève de S  a des résultats moyens en maths mais qu’il est très bon en physique chimie, on peut se demander s’il ne réussit pas en maths par manque de travail ou si c’est parce qu’il est meilleur dans les disciplines concrètes. Pour cela, il faut creuser au-delà de la note, s’intéresser aux activités extra scolaires et aux centres d’intérêt de son enfant.

 

Mon enfant a de mauvais résultats en troisième : comment l’aider à s’orienter ?

 Le collège oriente ou réoriente souvent  un élève qui a déjà redoublé la classe de troisième et qui est toujours en échec. En tant que parent, il est alors nécessaire de se demander quel domaine professionnel correspond à son enfant ? L’enseignement dans un lycée général étant très abstrait, il n’est peut-être pas bon d’insister pour qu’il intègre à tout prix une seconde générale. Pour des jeunes autonomes ou dotés d’une intelligence plus concrète qu’abstraite, une filière professionnelle peut être la solution. Et lorsque le jeune n’est pas sûr de vouloir s’orienter vers une spécialité très précise : il existe des bacs pro plus généralistes comme le bac pro commerce qui permet de rejoindre par la suite un BTS.

 

Peut-on se réorienter en lycée général après avoir été orienté vers la voie professionnelle ?

 Un jeune qui se révèle brillant dans une filière professionnelle peut rejoindre une filière technologique mais difficilement une voie générale –voire pas du tout. Les matières et la manière d’enseigner ne sont pas du tout les mêmes en filière générale et en filière professionnelle. Elles sont même aux antipodes d’un point de vue cognitif et d’un point de vue des apprentissages. Quelqu’un qui réussit bien en filière pro ne pourra pas réussir de la même façon en filière générale car ce sont deux modèles de raisonnement complètement différents. En revanche, un très bon bac pro peut rejoindre un bac technologique qui est également plus concret.

 

Comment ne pas enfermer mon enfant dans ses mauvaises notes qui le coupent de tout projet d’orientation ?

 Il ne faut pas juste se dire : mon fils est nul en cours pour en conclure qu’il est bête. Un jeune aux mauvais résultats peut avoir rédigé un scénario de jeux vidéo, avoir découvert par lui-même comment programmer un ordinateur …. Ceci est une forme d’intelligence, car le jeune a trouvé des réponses tout seul dans un domaine spécifique avec beaucoup d’autonomie. Peut-être que c’est le système scolaire qui ne lui convient pas. Il faut toujours creuser la personnalité de l’adolescent  mais aussi tous les centres d’intérêt qu’il a pu mettre en place seul et que les parents ne connaissent pas ou refusent de voir.

 

À quel âge un enfant est mature pour choisir lui-même son orientation ?

 On ne peut pas trop généraliser sur la maturité des jeunes. Certains n’ont jamais connu un environnement les encourageant à devenir mature. Les aider à le devenir : c’est parfois les mettre face à un choix, notamment d’orientation. On peut entrainer un enfant à devenir autonome dès le collège, par exemple, en le laissant gérer lui-même son temps passé devant l’ordinateur ou encore en lui fixant des challenges comme un voyage linguistique à l’étranger. Il y a différentes solutions pour provoquer la maturité. Et puis, il y a aussi beaucoup de jeunes qui sont déjà matures et qui ont juste besoin d’un petit coup de pouce, d’un peu d’assurance ou d’un conseil pour faire leur choix d’orientation.

 

Quel est l’intérêt du stage de troisième ?

 C’est important que le jeune ait une vision du monde de l’entreprise. C’est pourquoi il est essentiel que le tuteur du stage occupe un poste stimulant afin de lui donner envie de travailler. Malheureusement, beaucoup de professionnels n’acceptent pas d’élèves de troisième ou ne leur font pas exécuter de tâches intéressantes…

 

Comment faire pour que mon enfant découvre le monde de l’entreprise et s’y intéresse ?

 Les parents doivent faire fonctionner leur réseau et demander à leur entourage si leur enfant peut faire un stage à un poste qui bouge. Si votre enfant n’a aucune idée de ce qu’il a envie de faire : c’est à vous, parent, de lui proposer des pistes. Il est parfois nécessaire de raccourcir le choix et même s’il choisit sans conviction juste pour ne plus avoir ses parents sur le dos : ce stage est important !

 

Quand un élève est moyen au lycée mais qu’il veut intégrer à tout prix une filière sélective : existe-t-il des ruses pour que son désir d’orientation aboutisse ?

 Ce qui est extrêmement positif aujourd’hui, c’est qu’il y a énormément de filières sélectives qui proposent des quotas en admission parallèle. Quand un jeune est passé par un bac +2, quel qu’il soit car son dossier ne lui permettait pas d’entrer en prépa, il peut tout à fait entrer en école grâce à ces quotas. Il est important donc de rester positif : ce n’est pas parce qu’un dossier n’est pas bon que toutes les portes se referment.

 

Comment s’y retrouver dans ce labyrinthe qu’est l’orientation ?

 Quand le lycéen et ses parents n’ont pas d’idée, il ne faut pas hésiter à se tourner vers des professionnels : en lycée, dans les CIO ou dans le privé. D’autres parents ne connaissent qu’une seule chose : la prépa. Cette absence de connaissances peut être palliée par une fréquentation des salons de l’étudiant, par la rencontre de professionnels.

 

Est-ce qu’on choisit une filière pour faire un métier ou pour faire des études ?

 Sans projet, on ne peut pas choisir efficacement sa filière.  Car c’est ce projet qui permet d’avancer. Et le projet peut être un domaine professionnel ou un métier. Plus tôt cet objectif est fixé plus il est constructif, mais aujourd’hui, il existe une telle porosité des filières qu’il est tout à fait possible de choisir de se réorienter professionnellement ou d’affiner ses compétences.

 

Combien de temps faut-il pour mettre en place son projet professionnel ?

 Tout dépend de l’environnement familial, des informations données au collège et au lycée, de personnalité de l’enfant.

 

Comment permettre à son enfant d’appréhender positivement son orientation alors que nous traversons une période de crise ?

 En tant que parent, il est important d’avoir un discours ni idéaliste, ni totalement négatif. Les peurs sont des deux côtés : à la fois de celui des parents mais aussi de celui de l’enfant. Si un jeune veut par exemple devenir graphiste, ses parents grincent des dents au regard du peu de débouchés. Mais si l’enfant a un don, s’il a pris des cours de dessins, s’il prépare en amont son CV et met tous les atouts de son côté pour être le meilleur dans son domaine : ses parents vont être rassurés car il peut viser l’excellence.

 

Comment éviter à son enfant d’être dirigé vers une voie de garage ?

 Sans connaissance du système, il est difficile d’éviter cela. Il arrive qu’il y ait des abus dans l’orientation, au collège notamment, et ce parce que la personnalisation du suivi est difficile pour des raisons d’effectifs. On compte un  conseiller d’orientation pour 1400 élèves dans les établissements du secondaire. Certaines orientations se décident donc sans consulter les parents. Certains parents vont faire confiance à l’établissement et suivre ce choix. Même si l’éducation nationale essaie de valoriser le suivi d’orientation, il convient de s’interroger en tant que parent sur le bienfondé de l’orientation suggérée à son enfant. Il ne faut pas hésiter si l’on est en désaccord  à demander un rendez-vous avec le CPE et le proviseur.

 

Quelle est la place du parent dans l’orientation de son enfant ?

 Le parent tient le rôle phare dans l’orientation de son enfant.  Car c’est le parent qui connait son enfant. Qui au quotidien va lui donner envie d’y arriver. Qui va l’aider à découvrir les différentes voies possibles. Sans les parents, une orientation ne peut pas être totalement efficace.

 

A-t-on le temps pour s’orienter ou se réorienter ?

 Pas forcément, l’orientation est ponctuée d’échéances qui ne changent pas d’une année sur l’autre : c’est l’admission post-bac entre janvier et mars. En revanche, dans le supérieur, quand on s’oriente en licence 2 ou 3 pour choisir une option, et non pour se réorienter, c’est un calendrier différent. Dans le cas d’une réorientation, il est important de sublimer la période creuse par des stages, par un petit job afin de gonfler son CV. Trop souvent les jeunes oublient qu’à partir de la licence, le CV se construit, se nourrit pour justifier ces moments de doute.  Ces moments de doute sont courants et normaux mais les recruteurs ont horreur du blanc dans le CV.

 

Comment en tant que parent peut-on montrer à son enfant qu’un emploi peut donner du sens à sa vie ?

 Ce n’est pas toujours facile, mais il faut déjà montrer à son enfant qu’on aime ce que l’on fait, communiquer à  l’enfant sur les difficultés que l’on peut rencontrer au quotidien sans pour autant sombrer dans un discours négatif. Le parent est un exemple pour son enfant. Il est important de valoriser le monde du travail si l’on souhaite que son enfant s’y intéresse.

 

Est-ce que les enfants ont la même perception du monde de l’emploi que les adultes ?

 Evidemment non ! Les jeunes et les adultes ne voient pas le monde de l’entreprise de la même manière. L’adulte a de l’expérience et donc un regard intéressant à partager. L’adolescent aura tendance à voir selon les cas  le travail soit comme une contrainte soit comme une activité totalement idéalisée. Le but n’est pas de casser ce rêve mais il est important de lui expliquer la réalité de l’emploi.

 

Est-il possible de réussir sa vie sans avoir fait d’étude, sans diplôme ?

 Oui et non. A partir du moment où l’on sait ce que l’on veut faire, où l’on a eu des opportunités dans la vie, c’est possible quoique difficile. Il faut être mature, avoir des compétences très précises, un réseau. Mais sans diplôme c’est tout de même un objectif plus ardu ! Tout le monde ne devient pas Steve Jobs…

 

Pourquoi se fait-il qu’en première année de licence autant de jeunes décrochent ?

 Il y a plusieurs raisons ; de plus en plus de jeunes obtiennent leur bac par surprise sans avoir réfléchi à leur admission post bac. L’APB est très précise et très codifiée ce qui entraine nombre d’erreurs. Lorsqu’une voie n’a pas été choisie, les cours n’intéressent pas forcément. Il y a de plus en plus d’incertitudes et une absence d’informations avant le bac qui entrainent des non-choix.

 

Le secret d’une orientation réussie ?

 Anticiper ! Il y a une place pour chacun en matière d’orientation. Il faut juste prendre le temps de réfléchir à son projet.

 
 

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